Solidarité rurale du Québec
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Éditorial

L'occasion démocratique est belle, ne la ratons pas !.
Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

En ces temps de réflexion collective sur la gouvernance, inspirée tant par l'actualité politique notamment canadienne que par les histoires récentes de certaines grandes corporations transnationales privées comme Enron, Hollinger ou Martha Stewart inc., il est une question cruciale pour le monde rural, qui risque malheureusement de passer inaperçue durant la canicule estivale. Il s'agit de la décision qu'auront à prendre les MRC d'élire ou non leur préfet au suffrage universel. Pourtant il s'agit bien là, à échelle locale, d'une question fondamentale de gouvernance. L'occasion est donnée aux élus, la saisiront-ils tous ?

La ministre des Affaires municipales et des Régions, Mme Nathalie Normandeau, a présenté un projet de loi à l'Assemblée nationale, qui prolonge jusqu'au 1er août prochain la possibilité pour les MRC de mettre en vigueur un règlement décrétant que l'élection du préfet se fera au suffrage universel dès l'élection de novembre 2005. Ancienne mairesse elle-même, la ministre a dit vouloir permettre au maximum de MRC de se prévaloir de cette possibilité pour la prochaine élection. Nous ne pouvons que nous en réjouir pour la vie démocratique des communautés, mais surtout souhaiter que les MRC posent ce geste indispensable pour devenir les véritables piliers décisionnels et légitimes de nos territoires.

Dans l'Avis pour une politique gouvernementale de développement rural que nous déposions au gouvernement en 1999, nous annoncions déjà qu'à notre avis, la MRC devait être le lieu à privilégier pour la planification et la gestion du développement des territoires. Or, suivant cette logique, le préfet de la MRC, qui devient l'autorité politique sur le territoire dans ses champs de juridiction, doit être élu par l'ensemble de la population. C'est une question de légitimité, tous doivent pouvoir choisir celui ou celle qui gérera le bien public, d'imputabilité, ceux qui gèrent répondent de leurs décisions face à l'ensemble de leurs commettants et de subsidiarité, les décisions doivent se prendre le plus proche possible de leur lieu d'application et des personnes qu'elles visent. Une telle élection viendrait donc renforcer le caractère démocratique de la MRC et est essentielle à la réussite de toute décentralisation.

Nous l'avons d'ailleurs dit haut et fort au Forum des générations de l'automne dernier, où nous avons aussi rappelé que la notion de confiance entre les élus et la population était à l'origine de bien des maux actuels, mais était aussi porteuse de solutions. Pour rétablir la confiance, quoi de mieux que de permettre aux citoyens de voter et de forcer, à l'occasion d'une campagne électorale, le débat public sur les enjeux territoriaux et sur les programmes des différents candidats pour y faire face. C'est la base des règles dans la Cité depuis les Grecs, faisons en sorte que le village soit régi de même. De toute façon, pour faire face aux tout puissants maires des méga-villes fusionnées et aux élus de la communauté métropolitaine, ceux qui semblent devenus les seuls interlocuteurs de Paul Martin et de ses millions $, il faut des élus territoriaux légitimement élus par tous les citoyens de leur territoire. C'est une question de contrepoids démocratique, de force de représentation et de crédibilité.

En ce sens, nous aurions préféré que, dans un élan en faveur de donner davantage de pouvoir aux citoyens, tendance que le Parti libéral du Québec prêchait d'ailleurs davantage dans ses années d'opposition, le gouvernement impose à toutes les MRC cette élection au suffrage universel des préfets, plutôt que de leur laisser le choix. Car, la nature humaine étant ce qu'elle est, quand on donne le choix entre l'innovation et le statu quo, la tendance naturelle penche trop souvent en faveur du statu quo, surtout s'il est synonyme de maintien des acquis pour certains leaders.

Les ruraux se souviendront
Nous n'avons pas toujours été d'accord, mais je ne peux passer sous silence l'immense contribution de M. Bernard Landry au développement rural. Lui-même un néo-rural convaincu, il a signé, comme premier ministre du Québec, la première Politique nationale de la ruralité. Mieux encore, il nous a écoutés et entendus quand nous en avons esquissé les contours. Je peux témoigner que sans son appui et son ouverture à l'innovation, jamais cette audacieuse politique n'aurait vu le jour. Il a fait preuve de cette rare qualité qui différencie les grands chefs, la vision. Je voulais qu'il sache que nous n'avions pas oublié.

Québec rural volume 14 no 4 - juin 2005