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Jonquière, le 4 juin 2005 Notes pour l'allocution de Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, lors du Congrès annuel de la Fédération québécoise des gestionnaires de ZECs.
Salutations d'usage
Je suis bien content de me retrouver parmi vous aujourd'hui parce que je pense que nous partageons une certaine vision du développement et de la façon de gérer le bien public. Vous êtes des associations impliquées dans la gestion de la faune depuis des années et votre connaissance terrain est enracinée et impressionnante. Ce qui est important pour moi dans un rendez-vous de réflexion comme celui-ci, c'est évidemment de faire ressortir les enjeux propres à vos associations et à votre fédération. Mais, surtout cette année, je dirais qu'il ne faudrait pas oublier les enjeux plus globaux de la forêt québécoise, et je vais tenter de faire une distinction entre les deux pour mieux voir les arrimages possibles.
Avant de me lancer dans le vif du sujet, je vais rappeler les quatre grands principes qui guident nos prises de position à Solidarité rurale du Québec relativement à cette question. D'abord, la réduction appliquée suite au Rapport Coulombe n'est pas la cause des problèmes que traversent maintenant bien des régions, mais plutôt une conséquence de la surexploitation incontrôlée de la ressource. Cette décision est une mesure de sauvegarde ultime pour cette ressource collective que le gouvernement n'avait plus le choix d'imposer.
Deuxièmement, je crois que les organismes comme les personnes doivent être responsables dans leurs prises de position et les assumer autant quand il fait beau que quand il pleut. Je m'explique, le gouvernement a posé un geste responsable en donnant suite au rapport Coulombe et en prenant les décisions qu'il a prises. Nous avions appuyé le principe d'une commission d'étude sérieuse et non complaisante en sachant que la voie du redressement ne serait pas sans douleur. Une fois ses recommandations mises en place, il faut les appuyer même si leur application fait mal. Cela s'appelle : prendre ses responsabilités, un préalable indispensable si on veut être crédibles et légitimes et contribuer à faire baisser le cynisme trop souvent justifié de nos concitoyens face aux harangueurs publics de toutes natures. Il y a un temps pour revendiquer et un temps pour prendre ses responsabilités et assumer ses choix. Fin de l'éditorial.
Troisième principe, il faut cesser de chercher des coupables pour plutôt s'attaquer à gérer la crise. Il s'agit d'aborder toute la question du milieu forestier sous le jour d'un nouveau paradigme. J'y reviendrai, cela est exigeant, mais pas hors de notre portée au contraire.
Finalement, des mesures d'atténuation sont nécessaires, mais ne seront pas suffisantes à elles seules. C'est d'une mobilisation sans précédent que les milieux ont besoin, d'un sursaut. Pour cela, il faut se donner une vision de la forêt et de notre rapport comme individu et comme collectivité à cette ressource.
Mais avant de parler de vision, il faut s'efforcer de prendre du recul même dans cette phase de crise et de transition. Je vais vous soumettre en vrac quelques réflexions, résultats d'une observation personnelle de plusieurs années et des multiples travaux que nous avons réalisés à Solidarité rurale du Québec sur cette question.
Il faut se le dire. La gestion de ce patrimoine public qu'est la forêt est un échec à plusieurs égards. Ce ne sont pas seulement les lacunes des modèles de calcul adoptés et la surexploitation qui en a résulté qui sont en cause dans la crise actuelle. C'est aussi et surtout cette façon cloisonnée de gérer un territoire. Pour caricaturer, c'est une gestion en silo qui confie des contrats, des mandats et des responsabilités calqués sur les cloisons de l'appareil bureaucratique. On a en quelque sorte importé le mode de gestion en vigueur dans les bureaux à Québec pour l'appliquer à la forêt avec toutes les rigidités que cela suppose. La main droite qui sait pas ce que la gauche fait, la vision qui dépasse pas toujours le cubicule du voisin. Bref une gestion bien micro pour une ressource vaste, riche, diversifiée!
Le silo un est celui des compagnies forestières, qui exploitent la ressource ligneuse selon un type de contrat. Le silo deux est celui des ZEC qui gèrent la faune et le territoire, le silo trois, celui des pourvoyeurs privés et tous les autres petits silos du récréo touristique qui vont du plein air aux sentiers de motoneiges en passant par les projets de transformation des territoires forestiers et des lacs publics par des promoteurs immobiliers.
Au lieu des silos, nous en appelons à une vision globale, intégrée et multifonctionnelle du territoire forestier. La multifonctionnalité est une constante dans les positions de SRQ qui peut s'appliquer aussi bien à la forêt, au secteur agricole qu'au milieu rural. Il faut reconnaître cette multifonctionnalité et en faire le point de départ de nos actions. Ainsi, il faut reconnaître que le milieu rural est multiple, il offre à la fois une fonction de production (agriculture, ressources naturelles) une fonction résidentielle et une fonction récréo touristique. Et nous croyons que c'est dans les territoires que l'ensemble de ces fonctions peuvent trouver leur cohérence par l'appropriation et la participation des communautés. Sans une telle participation des gens qui l'habitent, aucun milieu, ni aucune ressource ne peut être gérée de façon durable et viable.
Je ne vous surprendrai pas alors si je vous parle de gestion intégrée du milieu forestier. Et pour que cette gestion soit durable, elle doit trouver son ancrage dans le territoire par la participation du milieu. Car, le territoire forestier doit répondre à une demande sociale issue des communautés qui l'habitent et de la collectivité en général.
Toutes sortes de questions, de projets, d'idées ont cours dans la phase de transition que nous traversons à l'heure actuelle et c'est sain. Ce qui demeure un élément de fond, à mon avis, le clou sur lequel il faut continuer de taper avec constance et énergie, c'est l'appropriation du milieu, des communautés de leur destin. Pour y arriver, elles doivent disposer des leviers de développement.
C'est le fond de la position de SRQ concernant la forêt. Bien évidemment, la gestion intégrée de la ressource par les communautés n'élimine pas la nécessité d'un cadre national, qui ne doit pas être un carcan limitant les pouvoirs de décision des communautés face aux compagnies ou aux promoteurs.
Selon cette optique, la solution immédiate réside dans l'imposition de réduction, qui est en fait une indispensable mesure de sauvegarde. Mais la solution à long terme consiste à revoir notre rapport à cette ressource multifonctionnelle et de la gérer de façon intégrée.
Dans ce contexte de transition, un des enjeux cruciaux, pour vous des ZEC, est de participer à la solution et à la redéfinition du modèle de foresterie québécoise. Pour ce faire, je crois que vous devez lancer une opération de l'ampleur de l'opération Accessibilité du début des années 1970 qui a permis la démocratisation de l'accès aux activités de chasse et pêche et la fin de l'emprise qu'exerçaient les clubs privés sur les terres publiques et du défi de la conservation réalisé avec l'Opération Gestion Faune. Dans ces deux cas, vous vous êtes donné des grands principes qui continuent de guider votre action à ce jour.
Aujourd'hui, vous êtes devenus de véritables infrastructures territoriales administrées par des bénévoles/utilisateurs, qui prennent en main la gestion de la faune. Cela vous amène d'ailleurs à poser des gestes de conservation comme d'imposer des quotas de pêches pour préserver une espèce. Votre modèle semble porteur dans la mesure où il est enraciné sur les communautés locales avoisinant vos territoires.
Après avoir relevé le premier défi de l'accessibilité et avoir développé une expertise dans la conservation et la gestion de la faune, il vous appartient collectivement d'identifier quels enjeux seront déterminants pour le modèle que vous représentez.
De ma position d'observateur externe je me permettrai d'amener deux questions intimement liées. 1 La participation. Vous êtes des organisations qui reposent sur le bénévolat. La participation de vos membres, la relève sont sans aucun doute au centre des préoccupations. À cet égard, le véritable défi des prochaines années sera celui du sang neuf. C'est de votre capacité d'attirer des éléments nouveaux, des éléments qui se font moins entendre que dépendront le renouvellement de la vision et la capacité de répondre aux besoins émergents. La responsabilité de susciter cette nouvelle participation vous revient, pour ouvrir les oillères. Car la participation se mesure en quantité de bénévoles, mais aussi en capacité d'offrir un espace dans les sphères de décision à la relève
2 La démocratie. La naissance de votre mouvement est due à un déficit démocratique. Cette mission première doit être revisitée selon les paramètres de notre époque. Il s'agit non seulement d'assurer une démocratie au fonctionnement interne, qui est bien sûr nécessaire. Mais l'essence de la mission doit être plus large et prévoir une démocratie ouverte et citoyenne. Car, il faut bien se le dire, la démocratie interne n'empêche pas de s'enfermer dans une logique corporatiste centrée sur des besoins et des revendications qui amplifient les cloisons et clivages. C'est pourquoi, à mes yeux, il est nécessaire de ressourcer votre réflexion en termes d'ouverture à la participation des communautés. Les solutions durables passent par l'appropriation des communautés de leur levier de développement et par une approche intégrée de gestion de cette ressource multifonctionnelle.
Ce patrimoine collectif géré comme un bien public, mérite qu'on y porte un regard renouvelé. Il s'agit plus qu'une nouvelle gestion mais bien d'une nouvelle vision à se donner ensemble pour sortir des calculs à court terme et des millions $ de retombées miroités par des promoteurs intéressés (développement immobilier qui plane sur quelques lacs, lieu de conservation de plusieurs espèces).
La gestion cloisonnée a généré d'autres clivages (usages, lobby) et me semble dépassée. C'est d'une approche intégrée qui fait appel au débat citoyen et à la transparence des arbitrages dont nous avons grandement besoin. Pour ce faire, l'ancrage territorial par l'appropriation et la participation des communautés sont incontournables et peuvent être garantes de cohérence et de meilleure conservation.
Vous avez non seulement la responsabilité de penser le développement et l'avenir de vos associations, mais aussi de participer à redessiner la nouvelle foresterie en devenir et sa mise en valeur.
L'occasion est belle de faire de ce congrès le fer de lance de cette nouvelle approche.
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