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Vaudreuil-Soulanges, le 25 avril 2005 Notes pour la conférence de Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec lors du Colloque Chez moi en région : le développement durable de nos régions doit passer par la solidarité, le développement de l'agriculture et l'immigration, tenu à Vaudreuil-Soulanges.
Salutation d'usage
QUELQUES ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION SUR LA NÉCESSITÉ POUR LE QUÉBEC RURAL DE FAIRE PLACE AUX IMMIGRANTS
Ça me fait bien plaisir d'être ici aujourd'hui avec vous et de partager vos réflexions sur les questions liées à l'immigration, des questions qui sont fort importantes pour notre avenir comme collectivité. Je suis aussi bien content de voir que malgré ce que l'on voit aux bulletins de nouvelles tous les soirs depuis des semaines, les partis politiques prennent encore un peu le temps de réfléchir à des questions sérieuses.
Les phénomènes du vieillissement de la population et de la pénurie de main-d'ouvre dans certains secteurs sont des défis croissants pour la plupart des régions du Québec. Plusieurs milieux ruraux doivent faire face en plus à l'exode des jeunes et à une dévitalisation qui menacent leur avenir.
Sortir les communautés de la dépendance vis-à-vis l'exploitation des ressources primaires, faire émerger des projets nouveaux, exploiter les savoir-faire locaux pour se différencier, pour faire de la valeur ajoutée et miser sur le génie des ruraux sont les voies d'avenir pour faire face à la mondialisation avec les menaces qu'elle amène mais aussi les possibilités qu'elle ouvre.
Dans ce contexte, l'apport de la migration de façon générale et l'immigration en particulier doivent être analysés avec attention et rigueur pour dégager les meilleures stratégies que les communautés peuvent mettre en place.
Je voudrais juste ouvrir une parenthèse pour vous mentionner que lorsque je parle de migration vers les villages, je pense autant à celle des urbains qu'à celle des immigrants. Car, il faut se le dire, le choc est aussi grand pour un Montréalais de se retrouver à St-Camille que pour un Français de se retrouver au Québec. La marche est aussi haute et le changement aussi drastique. Voilà pourquoi, je pense qu'il faut aborder ces questions en termes de ruraux et de néoruraux de toutes les provenances et travailler fort pour amortir les chocs et faciliter la création de liens.
Solidarité rurale du Québec est donc engagée depuis quelques mois dans une recherche sur la migration, qui inclut toutes les clientèles et dont les premiers résultats ont été dévoilés à l'occasion d'un atelier, lors de la Foire des villages en février dernier. Cette Foire constitue d'ailleurs une vitrine originale pour les MRC rurales qui viennent présenter le milieu de vie, les emplois et les projets qu'elles offrent aux urbains intéressés par la ruralité.
Des données et résultats de cette recherche seront communiqués au cours des prochaines semaines, le chercheur responsable, M. Alain Péricard, vous en parlera d'ailleurs plus tard cet après-midi. Mais je peux vous parler d'ores et déjà de certains constats.
D'abord, beaucoup de néo-Québécois, et leur nombre augmente sans cesse, viennent de pays où la majorité des habitants sont ruraux et où tous - même ceux qui vivent en ville - conservent des liens très étroits avec leurs campagnes, leur « village ». Cela devrait normalement les prédisposer à choisir le milieu rural comme milieu de vie à l'arrivée.
Or, on constate qu'une fois arrivés au Québec, ces néo-Québécois perdent leur lien avec le monde rural. Il nous semble important de comprendre pourquoi afin de proposer des avenues pour y remédier.
? Est-ce par choix que beaucoup finissent par se retrouver en ville, souvent dans des ghettos, où ils ont peine à se trouver un emploi? Est-ce que les services d'immigration qui les reçoivent en première ligne leur offrent toutes les possibilités, y compris la ruralité comme choix de vie? Il faudra pouvoir apporter des réponses à ces questions.
Car, depuis longtemps, les territoires ruraux du Québec ont accueilli des immigrants, Polonais en Abitibi, Hollandais et Irlandais dans les Cantons de l'Est, Suisses, Belges et autres sur les terres de Montérégie, Colombiens et Réunionais dans la Beauce et le Bas-Saint-Laurent d'aujourd'hui. L'intégration s'y est faite et le milieu rural s'en est enrichi.
L'UPA fut, parmi les institutions syndicales, une pionnière en coopération internationale en Afrique et en Amérique latine, signe d'une ouverture sur le monde. Mon ami et compagnon de mission de l'époque, Yvan Loubier, que je salue, s'en souviendra. Nous savions dès les années 1980 à l'UPA que les paysans du monde avaient des intérêts mutuels à se connaître, se parler et échanger. Nous l'avons fait et ça nous a fait grandir.
Plus largement, les outils de développement de la ruralité québécoise constituent toujours un modèle pour certains pays d'Afrique et d'Amérique latine, comme le prouvent de nombreux projets de coopération réalisés par des organismes québécois. Solidarité rurale du Québec a mené des missions en matière de produits du terroir notamment, un domaine où l'on retrouve beaucoup d'immigrants qui, à partir de leur savoir-faire, font revivre des techniques, des recettes, des tours de main. La micro-économie des milieux ruraux passe par ces produits du terroir de grande valeur ajoutée et par leurs artisans d'où qu'ils viennent.
Étant donné l'évolution de la démographie au Québec, il n'y a à terme, sauf changement radical, pas d'autre possibilité pour le développement des localités rurales que d'accueillir des néo-Québécois, à moins qu'on se remette à faire des bébés, ce qui ne semble pas être sur l'agenda des jeunes. Il faut en être collectivement conscients et que cette prise de conscience se traduise par des gestes concrets pour favoriser la migration vers les communautés rurales, notamment par l'établissement sans tarder d'une véritable politique d'accueil qui s'arrime sur les décideurs locaux et qui tienne compte des réalités telles qu'elles se vivent concrètement.
Car, les politiques d'immigration et de régionalisation décidées en haut lieu, à Ottawa et à Québec, n'ont pas porté fruit. Nous l'avons vu avec les Bosniaques qui ont été envoyés dans plusieurs régions du Québec et qui sont presque tous repartis, à Toronto ou à Winnipeg. Ce qui fonctionne, comme le démontre une recherche réalisée actuellement par Solidarité rurale du Québec, ce sont des initiatives venues de la base, issues des communautés rurales, des leaders politiques et économiques locaux en collaboration avec les organismes communautaires et toutes les bonnes volontés dans les communautés.
Parlant d'enracinement et de connaissance de proximité, comment se fait-il qu'on trouve si peu d'immigrants de longue date dans les structures d'accueil et d'aide aux nouveaux arrivants? Ils sont pourtant les mieux placés pour comprendre les problématiques d'intégration et leur apport doit être privilégié dans la recherche de solutions.
La question de l'intégration se pose différemment en milieu rural qu'en ville. Certains disent même que l'on serait moins ouverts à la différence et aux nouveaux arrivants au village qu'à la ville. Il s'agit là, à mon avis, d'un autre grand mythe entretenu à l'encontre des ruraux. Cela voudrait dire que les villes sont beaucoup plus accueillantes et tolérantes que les petites communautés! Permettez-moi d'en douter.
Un environnement où souvent tu ne connais même pas ton voisin, où les gens s'agglutinent aux arrêts d'autobus, sans même se regarder, où il arrive des agressions en plein jour et en pleine rue, sans que personne n'intervienne, serait plus ouvert, tolérant et accueillant! L'indécrottable rural que je suis n'y croit pas.
D'un autre côté, la ville permet le regroupement de certaines communautés en ghetto, ce qui peut leur sembler sécurisant au début, surtout quand la langue est une barrière, mais qui se traduit vite par un isolement et une faible connaissance des différentes communautés, incluant la communauté d'accueil. Alors, comme vous voyez, tout n'est pas si simple en ville!
Par contre, je suis de ceux qui croient que le milieu rural peut offrir un autre modèle plus prometteur, basé sur l'intégration et non l'indifférence, plus enrichissant et durable, un modèle qui exige de l'ouverture de la part des ruraux et un effort de la part des immigrants, mais un modèle valorisant pour tous, qui permet à l'immigrant de réaliser pleinement son potentiel. Il faut arrêter de voir l'immigrant comme une simple main-d'ouvre surtout dans un contexte de pénurie. Il peut être une source de nouvelles idées et d'initiatives, une source d'innovation pour saisir de nouvelles occasions ou voir la vie autrement. D'ailleurs, bon nombre de nouveaux créneaux dans les produits du terroir ont été initiés par des néo-ruraux venus d'ici ou de loin. Même la renommée d'une cuisine gastronomique émergeante du Québec a bénéficié de l'apport de Chefs français et européens, une cuisine qui a drainé justement des produits fins de spécialité.
Accueillir des immigrants dans nos communautés rurales, ça n'est pas seulement offrir du travail et du logement pour, en fin de compte, permettre aux familles néo-québécoises de contribuer à notre développement et à notre mieux-être. C'est aussi accepter la différence et le changement. Nos campagnes ne seront plus les mêmes le jour où elles deviendront arc-en-ciel. Il faut nous-mêmes faire un bout du chemin. Notre culture s'en trouvera enrichie. Je crois qu'il n'y a pas d'avenir dans le retour au passé.
L'immigration est un processus long et complexe. En amont, la sélection des immigrants se fait par le biais des politiques et des agents du fédéral et du provincial. Conçu dans des Capitales, administré par des fonctionnaires urbains, livré dans des ambassades situées dans des Capitales, le processus comporte à toutes ces étapes un biais urbain indéniable. Il existe un préjugé en faveur des villes dans la façon dont les politiques sont faites qui n'est pas étranger au résultat qu'on constate : la concentration des immigrants à Montréal. Si on veut encourager l'immigration en dehors des grands centres, il faudra revoir ce processus.
Mais, ce qu'il faut réaliser aussi, c'est que pour que les milieux ruraux soient attirants pour les migrants et les immigrants, il faudra qu'ils leurs ouvrent des possibilités modernes de gagner leur vie. Vous savez que l'agriculture n'occupe que 10 % des ruraux, les autres ont d'autres occupations, c'est donc toute une micro-économie qu'il faudra soutenir.
Quand je vois le premier ministre du Canada, Paul Martin, discuter d'infrastructures uniquement avec les maires des grandes villes, je suis outré. Pendant cette période préélectorale qui ne finit plus de finir, vous allez me permettre de parler un peu d'asphalte, surtout devant le chef du Bloc québécois et un tel parterre de députés. Les infrastructures sont essentielles à la pérennité des milieux ruraux, sauf que si les programmes sont conçus seulement par et pour les urbains des grands centres, comment peut-on penser que les petites communautés vont y trouver leur compte? Le poids démographique des villes ne doit pas être l'unique facteur qui détermine les besoins en infrastructures. L'étendue du territoire des municipalités rurales, leur besoin spécifique et surtout le choix qu'on doit porter comme société québécoise en termes d'occupation du territoire doivent guider les décisions qui touchent des investissements de long terme.
Je vous ai parlé d'asphalte pour vous rappeler le bon vieux temps de Duplessis qui arrêtait la route à la limite du comté rouge, c'était bien avant les commandites, qui nous font aujourd'hui tous voir rouge. Mais je voulais surtout attirer votre attention sur un autre aspect des infrastructures, celui des technologies, là aussi encore trop souvent la fibre optique arrête non pas à la limite du comté rouge, mais à la limite de la zone périurbaine et ne se rend pas au village et encore moins au bout du rang. Connaissez-vous bien des entreprises dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui, qui peuvent opérer sans Internet? Moi, je suis un dinosaure, mais quand je vois les producteurs de cidres de glace qui vendent leur produit aux Galeries Lafayette et au Japon, je me dis que ça doit mieux aller quand la technologie est disponible.
Je me suis éloigné de l'immigration, j'espère que vous m'en excuserez. Mais je n'en étais pas si loin, car le défi du développement des communautés passe une économie en santé, qui sera attirante pour les nouveaux citoyens de toutes origines.
En terminant, j'aimerais vous dire que nous tentons tous les jours à Solidarité rurale du Québec d'être un point de contact, un relais, un lieu de ressourcement pour les leaders des communautés rurales et que nous tentons d'appuyer, par nombre d'outils, ceux et celles qui choisissent de vivre au village. Nous accompagnons aussi les communautés aux prises avec des problèmes de dévitalisation.
Notre coalition est hybride avec un membership composé d'une vingtaine d'organismes nationaux telle que l'Assemblée des Évêques, les grandes organisations syndicales dont l'Union des producteurs agricoles, la Fédération des caisses Desjardins, la Fédération de l'Âge d'Or, l'Association des CLSC et CHSLD du Québec, la Fédération Québécoise des Municipalités, bref, un sommet économique permanent auquel se greffent plusieurs organismes régionaux et des membres individuels.
Depuis 1997, Solidarité rurale du Québec est également l'instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de ruralité. Nous sommes donc simultanément un groupe-conseil, un lobby, un centre de formation, un centre de documentation, un lieu de recherche, une petite maison d'édition, un organisateur d'événements, tout cela avec une vaillante équipe d'une dizaine de personnes. Notre site Internet mérite d'être visité notamment pour y lire notre bulletin d'information, le Québec rural.
Je vous remercie.
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