Solidarité rurale du Québec
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Québec, le 3 octobre 2003
Notes pour la causerie de Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, lors de sa participation à l'atelier Partenariats rural/urbain: quels gains ?
tenue dans le cadre du Congrès de la Fédération Québécoise des Municipalités.


Solidarité rurale du Québec, la coalition que je préside depuis 12 ans, en plus de promouvoir le mode de vie rural considère une idée moderne : celle du nomadisme comme en parle le philosophe et écrivain Jacques Attali. Ce nomadisme contemporain, actuel, occidental, serait le fait que nous aurons plusieurs lieux de vie, de résidence, au même titre que nous avons désormais plusieurs emplois. Nous aurons plusieurs adresses qui correspondront chacune à des temps de vie. En fait, le premier motif pour déménager est l'allongement de la durée de vie. On vit vieux, faut bien faire quelque chose de toutes ces années gagnées sur la mort. Cela dit, il y aura toujours des urbains irréductibles et d'éternels ruraux comme moi. Mais il y aura aussi du mouvement, des allées et venues, des départs puis des retours. À cet égard, l'exemple des jeunes est patent : partir pour mieux revenir. Beaucoup d'entre eux sont partis voir le monde, faire leurs expériences, conclure leurs études puis l'âge aidant, commencent à chercher une branche où se poser.

Au 21e siècle, dans les pays riches, industrialisés et hautement urbanisés, le monde rural n'est plus nécessaire puisqu'il n'a plus son rôle traditionnel de pourvoyeur de villes. En effet, la campagne depuis l'Antiquité, ou si vous préférez depuis la création de la première ville, a toujours été au service de la ville. En fait, la ville peut apparaître dans l'histoire de l'humanité quand on maîtrise assez l'agriculture pour pouvoir produire de la nourriture pour plus d'une famille. Or, aujourd'hui la ville vit autant aux crochets des campagnes mexicaines, chinoises, californiennes, italiennes que québécoises.

En fait, aujourd'hui se pose à nous le sens même de la ruralité. Et comme la ruralité est difficile à cerner, à définir, on l'oppose à son contraire : la ville. Mais également, on la subordonne à la ville. À preuve, on fixe aux villes des villages pour endiguer des problèmes fiscaux et on crée des expressions comme « quartiers ruraux » pour définir le milieu de vie de certains habitants de Rouyn-Noranda. Quand il faut tordre la langue pour nommer une réalité c'est qu'on est déjà dans le cauchemar. Rien n'a changé au pays du Québec parce que 42 agglomérations urbaines comptent 80 % de la population et de la richesse. Rien n'a changé parce que la ruralité c'est d'abord et avant tout un temps, un espace, un mode de vie donc une culture. Et si vous n'êtes pas de mauvaise foi, vous en conviendrez facilement : le temps ne s'écoule pas à la ville comme à la campagne, le rapport à l'espace n'est pas le même et comme on occupe ni le temps, ni l'espace comme en ville se développe un mode de vie qui est irrigué de sa propre culture. Ce que je cherche à dire c'est que vivre à la ville ou au village, c'est aussi différent que vivre à Paris ou à Montréal. C'est un peu pareil et tellement différent! On a bien sûr la même télé, le même téléphone, les mêmes gouvernements, la même langue mais pas le même air, la même eau, le même environnement, etc. Jouer dans la cour ou jouer dans le champ n'amène pas les mêmes jeux.

Plus tôt, je disais que le problème de la ruralité contemporaine est d'abord celui de son sens. À cet égard, je crois que le sens de la ruralité est dans l'alternative qu'elle offre à la ville. Il n'y a donc pas d'opposition entre ville ou village. Il y a une différence, autre chose, une autre mode de vie.

Et seul le respect de nos différences, voire leur accentuation, pourra induire des relations riches entre les villes et les villages. Toujours j'invite les villages à être entièrement, totalement ce qu'ils sont : des communautés de petites tailles. Et ce n'est pas parce qu'un village compte peu de monde qu'il a besoin d'une ville pour vivre. La douceur d'un milieu de vie ne tient pas à sa grosseur.

Je termine en disant que je suis toujours étonné que notre société avancée soit incapable de considérer mon mode de vie rural comme autant respectable que celui de l'urbain. Le monde rural est toujours perçu comme un milieu demandant l'assistance de l'État. Pourtant, moi, je doute que les villages du Québec coûtent ce que les villes coûtent au trésor public. Et parlant de trésor public, je vous rappelle que le PIB canadien est toujours tributaire de l'exploitation des ressources naturelles fussent-elles terriennes, minières ou forestières. En somme, pour moi, sans le respect on ne peut pas parler d'ententes de service. Or, ce que j'ai vu jusqu'à maintenant relevait plus de l'assimilation de la campagne à la ville que du respect des différences.

Merci.