Solidarité rurale du Québec
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Éditorial

Vers une nouvelle gouvernance 
Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca


Vous le savez, Solidarité rurale du Québec a toujours été dans l'action et cette fois
encore, quand le gouvernement a décidé de faire une deuxième Politique nationale de la ruralité (PNR), nous n'avons pas hésité à entreprendre une tournée du Québec.
Comme lors du premier avis qui a été à l'origine de la première PNR, nous avons jugé
important de bâtir ce second avis sur la base des préoccupations des communautés, en allant rencontrer les élus, les bénévoles, les agents et les intervenants des villages et nous nous sommes mis en route.

Si la première PNR a donné les outils pour permettre de revitaliser le milieu et
réanimer la vie des communautés, la future politique ne peut pas se contenter d'être
simplement reconduite, elle doit s'inscrire dans une vision renouvelée.

C'est évident, le contexte a changé et aujourd'hui le milieu rural doit faire face à de
nouveaux défis. On a qu'à penser à la mondialisation, à la reconversion, à la hausse du coût de l'énergie, à la cohabitation et au renversement des tendances démographiques, pour ne citer que ceux-là.

Pour relever ces défis, il faut de nombreux outils et parmi ceux-ci deux sont essentiels. Il faut tout d'abord se doter de leviers pour prendre en charge le développement, ce qui signifie bonifier et mettre davantage d'instruments entre les mains des élus et de la MRC pour influencer l'avenir des communautés. Mais réclamer mieux et plus ne saurait se justifier sans une nouvelle gouvernance à l'échelle des MRC.

Ma position en faveur d'un préfet élu au suffrage universel est bien connue, car pour
moi la nouvelle gouvernance commence là. Avec une personne élue démocratiquement par l'ensemble des citoyens, et imputable pour des champs d'intervention qui touchent la vie des communautés et qui relèvent de la MRC comme l'aménagement du territoire, l'environnement, le développement économique et le reste. Si on réclame davantage de leviers pour influencer le devenir des communautés, il faut être conséquent, donner aux citoyens l'occasion de se prononcer démocratiquement sur ces enjeux, choisir une vision et la personne qui la porte.

Le monde rural fait face à des transformations rapides. Partout dans le monde occidental, un nombre croissant de la population choisi le milieu rural comme cadre de vie. L'avenir des communautés passe par leur capacité à saisir les opportunités, à accueillir de nouvelles personnes et à cultiver de nouvelles idées. Il passe aussi par une capacité croissante à assumer des responsabilités pour façonner une forme de développement qui suscite participation et appropriation.

Je crois en une nouvelle gouvernance pour un monde nouveau qui, du coup, permet
aux communautés rurales de revivifier la démocratie. C'est selon moi le meilleur moyen de relever les défis dans un monde en mutation. Aujourd'hui, il nous faut une gouvernance qui rapproche le centre de décision des citoyens, des préoccupations, des besoins et des opportunités. Un défi emballant pour sortir du cynisme dans lequel s'enfonce la politique et les politiciens. Il faut offrir aux citoyens ruraux et aux nouveaux arrivants la possibilité de s'approprier le devenir collectif de leur communauté. Une nouvelle gouvernance signifie se doter d'instances qui ont la légitimité démocratique pour discuter d'égal à égal avec les autres paliers de gouvernement. Mais pour ce faire, elle doit être accompagnée des moyens économiques nécessaires pour assumer toutes les responsabilités qui viennent avec.

La décentralisation passe d'abord par la reconnaissance d'un gouvernement local qui
est la MRC. La décentralisation n'a rien à voir avec la régionalisation, ni avec la déconcentration, qui sont des processus de rechange nés de la propre initiative de la bureaucratie. Une véritable décentralisation ne se quête pas, elle se gagne et s'impose par la légitimité et par une gouvernance renouvelée et démocratique.

Québec rural volume 15 no 1 - avril 2006