Solidarité rurale du Québec
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Éditorial

Ils ont une obligation de résultats
Par Jacques Proulx
srq@solidarite-rurale.qc.ca

Le jeudi 10 octobre, en page B2, Martha Gagnon, journaliste au quotidien La Presse, parlait d'une action promotionnelle de la Délégation générale du Québec à New York en faveur de la gastronomie québécoise et de certains produits de créneaux. Citant la réputée critique gastronomique du New York Times, Florence Fabricant, elle écrit, la Pomme de glace du Clos Saint-Denis, « ce cidre liquoreux (.) est un nectar doré aux arômes de pomme, bien équilibré avec sa douceur de miel et sa pointe d'acidité. »

Un succès d'estime dont les artisans peuvent s'enorgueillir. Un succès qui devrait glacer ceux et celles dont le travail est de rassurer les marchés car la bourse du goût est aussi exigeante et fluctuante que celle de Montréal ou de Tokyo. Et tant que les mots associés au terroir n'auront pas de sens au Québec et au Canada, un succès ne sera garant de rien car demain un filou pourra mettre en bouteille de l'eau colorée, la nommer cidre de glace et ne contrevenir à quelque règle que ce soit.

L'intégrité des artisans ne peut être la seule garantie que nous offrons au monde pour conquérir des marchés lucratifs et précieux où font déjà bonne figure les produits de créneaux québécois. En cette matière, le Québec et le Canada n'ont d'autre choix que d'imiter les pays européens avec un système de labels précis, rigoureux et aussi exigeant que les normes ISO.

Parlant d'appellations et de labels, au début octobre, j'ai rencontré le président de la Société des alcools du Québec, monsieur Roquet, afin de discuter avec lui de la mise en marché des vins et alcools du Québec. Cette rencontre m'a réjoui car le président m'a rassuré sur les véritables intentions d'accompagnement de la SAQ en plus de me garantir que cessera sa croisade technocratique contre les lieux de vente réservés aux producteurs d'ici qui vendent dans les marchés publics. De plus, il attendra les résultats des travaux du comité nommé par le ministre Arseneau avant de décréter que tel ou tel produit est du terroir. Tous les deux, nous étions conscients que l'on flouera une seule fois les consommateurs comme les touristes.

Mais au risque de me répéter, l'obligation de résultats dans le dossier du terroir appartient simultanément aux ministres de la Culture et des Communications et de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation car les produits du terroir sont autant des objets de notre patrimoine, de notre culture que des biens de consommation parfois délectables. À preuve, « le comité de patrimoine mondial de l'UNESCO, réuni à la fin juin à Budapest, a inclus dans la liste du patrimoine mondial la zone de production de Tokaji en Hongrie, avec sa mosaïque complexe de vignobles, ses labyrinthes de caves creusées dans la roche volcanique et sa multitude de petits villages. »

Or, certains secteurs de l'agroalimentaire ont besoin d'une action rapide et décisive, notamment ceux des fromages fins et des vins et alcools. Si les ministres ignoraient comment bouger, je leur recommande la lecture du chapitre 1 de notre plus récente étude De nature à culture : les produits du terroir. À bon entendeur, salut!

Québec rural volume 11 no 7 - novembre 2002