Solidarité rurale du Québec
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Éditorial

L'État : un terreau pour l'incurie
Par Jacques Proulx
srq@solidarite-rurale.qc.ca

Actuellement et comme chacun le sait, Solidarité rurale du Québec s'intéresse à la nouvelle économie rurale . Nous avions commandé plusieurs études dont l'une portait sur l'agriculture et l'agroalimentaire. Le compte rendu de cette étude vient juste de nous parvenir. De sa lecture et outre tout ce dont nous aurons à discuter lors de la prochaine conférence nationale, je retiens la rubrique sur les vins et alcools. En effet, j'y apprenais que des discussions entre le MAPAQ, le MIC, la SAQ et la Régie des alcools, des courses et des jeux ont abouti à une entente qui ouvrira les portes des succursales de la SAQ aux artisans . De plus, la SAQ prépare une vitrine des produits québécois dans ses succursales et elle a délivré à quelques marchés publics importants le droit de devenir des agences de la société. Au premier regard, on se réjouit du coup de pouce en matière de commercialisation donné aux artisans. Mais à bien y regarder, on a tout lieu de s'indigner. Car dans les faits, une vitrine en faveur des produits alcoolisés québécois c'est d'abord une vitrine pour les alcools distillés par la SAQ et illégitimement mis en marché comme des produits du terroir. Deuxièmement, je me demande bien quels sont les marchés publics assez importants pour recevoir le privilège d'agences de la société? Je parie qu'ils se trouvent davantage à Montréal que dans nos villages où présentement renaissent de leurs cendres ces lieux uniques de commerce. De plus, le lecteur avisé aura compris qu'au passage la SAQ prendra, comme pour tous les autres produits qu'elle vend, sa cote part. L'effet pour le consommateur? Une bouteille plus onéreuse que celle vendue dans les marchés publics considérés jusque-là comme un prolongement du kiosque à la ferme.

Parlant de marchés publics, depuis le Rendez-vous de mi-parcours du Forum sur l'agriculture et l'agroalimentaire québécois tenu à Saint-Hyacinthe les 17 et 18 octobre dernier , nous défendons, mémoire à l'appui, une intervention gouvernementale musclée en matière de produits du terroir. La grande messe de Saint-Hyacinthe a abouti dans quelques annonces et la mise sur pied de chantiers dont l'un sur l'accès aux marchés et l'autre sur les produits de niche et du terroir. Mue par l'espoir de voir les choses bouger, Solidarité rurale du Québec a participé activement à ces deux chantiers. Dans un cas comme dans l'autre et au risque de paraître ridicule, nous avons soutenu que pour faire les choses autrement on ne pouvait continuer à les faire de la même façon.

La lecture des recommandations des rapports des deux chantiers nous convainc qu'en matière de terroir et de marchés courts on se contentera de quelques bonnes intentions. Encore une fois!

Pourtant, on nous rapporte que la Régie des alcools, des courses et des jeux travaille actuellement à une définition du cidre de glace et de sa méthode de fabrication pour éviter que le nom ne soit employé à tort et à travers. D'ailleurs, la SAQ s'est déjà arrogée le droit d'accepter ou de refuser certaines appellations. Selon elle, le terme vin ne peut être employé que pour une boisson alcoolisée de raisins. Nous pourrions en convenir à Solidarité rurale du Québec mais nous ne conviendrions jamais qu'il appartient à une société marchande impliquée dans la fabrication d'alcools comme dans l'exploitation de vignobles de définir le sens des mots. Cet exemple nous apprend, non sans exaspération, que nous n'avions pas, messieurs les fonctionnaires, de temps à perdre dans vos chantiers plus préoccupés à faire consensus qu'à développer et protéger les terroirs québécois et leurs marchés potentiels.

Nous voilà de retour à la case départ : obligée de convaincre les élus de l'État d'être plus perspicaces et audacieux que leurs conseillers. Vraisemblablement, le terroir au Québec est une question hautement politique car il joue dans la poche de la SAQ, dans la talle des compétences des différents ministères et met en évidence l'incurie des comptables qui nous gèrent.

Québec rural volume 11 no 3 - avril 2002